La peinture de Fanny Stauff s’attache aux forces qui traversent la matière et aux formes qu’elles font émerger. Minéral, végétal et animal y apparaissent comme différents états d’une même matière active, travaillée par des poussées, des tensions et des transformations. Les formes semblent naître les unes des autres, prises dans un mouvement qui les précède et les dépasse.
Une roche prend la courbe d’une échine, la mousse devient fourrure, un tronc laisse affleurer un corps animal. Mais le mouvement demeure indécidable : la forme est-elle en train d’apparaître, de se transformer ou de retourner à la matière dont elle semble issue ? Cette continuité fait vaciller les frontières entre les règnes et les catégories par lesquelles nous ordonnons le réel.
Ces transformations engagent des temps d’échelles différentes. Temps géologique, temps de l’évolution, croissance végétale, apparition et disparition des espèces : la peinture les contracte dans une même image. Des formes appartenant à des temps très anciens resurgissent au présent ; d’autres semblent conserver la mémoire d’états antérieurs. Le temps humain n’est alors plus la mesure autour de laquelle le monde s’organise, mais l’une des temporalités qui le traversent.
Cette ambiguïté est construite. Composition, cadrage, couleur, matière et rapports d’échelle participent au sens de l’image et permettent à plusieurs lectures de coexister. Une même forme peut être roche et corps, apparition et disparition, mémoire et devenir. La peinture ne cherche pas à trancher entre ces possibles, mais à les maintenir simultanément actifs. La force agit, la forme se transforme, le regard hésite.
La série Résurgences prolonge aujourd’hui cette recherche. Dans la matière forestière, minérale, marine ou glaciaire, des formes émergent, mues par une puissance qui semble appartenir à la matière elle-même. Certaines font resurgir des espèces disparues ou des formes de vie très anciennes ; d’autres demeurent à la limite de l’identifiable. Il ne s’agit ni de fantastique ni de reconstitution, mais de faire affleurer des forces et des mémoires inscrites dans la matière.
Ces forces anciennes appartiennent aussi au présent. Persistances, disparitions et résurgences confrontent des temps immenses à l’accélération des transformations contemporaines. La peinture ne désigne pas ce qui doit être pensé. Elle donne à voir un monde de forces et de durées, où toute forme demeure en devenir.
Fanny Stauff’s painting explores the forces that move through matter and the forms they bring forth. Mineral, plant and animal forms appear as different states of the same active matter, shaped by pressures, tensions and transformations. Forms seem to arise from one another, caught in a movement that precedes and exceeds them.
A rock takes on the curve of a spine, moss becomes fur, a tree trunk gives rise to an animal body. Yet the direction of this movement remains uncertain: is the form emerging, transforming, or returning to the matter from which it seems to have arisen? This continuity unsettles the boundaries between different forms of existence and the categories through which we order reality.
These transformations unfold across radically different scales of time. Geological time, evolutionary time, plant growth, the emergence and extinction of species: painting contracts them into a single image. Forms belonging to distant times resurface in the present; others seem to retain the memory of previous states. Human time is no longer the measure around which the world is organised, but one of the temporalities that move through it.
This ambiguity is deliberately constructed. Composition, framing, colour, material and scale all contribute to the meaning of the image, allowing multiple readings to coexist. A single form can be both rock and body, emergence and disappearance, memory and becoming. The painting does not seek to choose between these possibilities, but to keep them simultaneously active. Forces act, forms transform, the gaze hesitates.
The Résurgences series extends this enquiry. Within forest, mineral, marine and glacial matter, forms emerge, driven by a force that seems to belong to matter itself. Some bring extinct species or ancient forms of life back to the surface; others remain at the threshold of recognition. This is neither fantasy nor reconstruction, but a way of bringing to the surface forces and memories inscribed in matter.
These ancient forces also belong to the present. Persistence, disappearance and resurgence bring immense spans of time into contact with the accelerating transformations of the contemporary world. Painting does not prescribe what is to be thought. It brings into view a world of forces and timescales in which every form remains in a state of becoming.